compteurs intelligents

Comment IoT et compteurs intelligents bouleversent le secteur de l’énergie

L’heure est à la baisse des dépenses énergétiques. Moins de gaz. Moins d’électricité. Mais avant de réduire nos consommations, encore faut-il savoir combien on consomme et comment on le consomme. C’est là qu’interviennent les compteurs intelligents, qui sont progressivement installés chez les particuliers partout en France. Côté électricité, le déploiement des compteurs Linky a débuté en 2015. Aujourd’hui, environ quatre millions ont été installés et 35 millions de foyers devraient être équipés d’ici 2021. Côté gaz, il est question de 11 millions de compteurs Gazpar d’ici 2022. 

L’arrivée des afficheurs déportés

Pour les fournisseurs, ces compteurs intelligents présentent un réel avantage. Ils leur permettent de mieux suivre la consommation des particuliers, en accédant à des données plus précises et d’optimiser ainsi leur production. Et grâce aux afficheurs déportés, les utilisateurs seront eux aussi en mesure de surveiller leur consommation. Utile pour ne pas dépasser son budget et s’engager dans une démarche d’économie d’énergie. L’idée étant d’installer durablement une culture de la mesure chez les particuliers en France.

Actuellement, les ménages retirent, en pratique, peu de bénéfices de ces compteurs connectés. Mais cela pourrait changer prochainement, avec le déploiement des afficheurs déportés et de la clé qui va leur permettre de communiquer localement avec les compteurs. Ces objets connectés doivent permettre aux abonnés de suivre leur consommation en temps réel, affichée en euros et en mégawattheures. Dans un premier temps, les commercialisateurs doivent proposer ces afficheurs aux personnes en situation de précarité énergétique bénéficiant de chèques énergie. Mais il est fort à parier que le dispositif soit, à terme, étendu à l’ensemble des ménages français. En sachant que les individus ayant un fort pouvoir d’achat ont tendance à acheter plus d’équipements aussi pour leur confort, il est d’autant plus important de les sensibiliser à la réduction de leurs consommations.

Les contraintes de ce nouveau déploiement

Pour les fournisseurs d’électricité, équiper les foyers français de ces afficheurs déportés peut cependant être perçu comme une contrainte. D’un point de vue technique, l’installation de ces afficheurs nécessite la mise en place d’une boucle locale, c’est-à-dire que les compteurs ne transmettent plus uniquement les données collectées au système informatique du distributeur qui les renvoie au commercialisateur, mais sont capables de les envoyer localement sur l’afficheur. La mise en place de ce système non centralisé sur les compteurs de gaz est actuellement à l’étude. Concernant l’électricité, des travaux sont en cours depuis 2014, sur un Emetteur Radio Linky (ERL). Mais cette solution n’est pour l’heure pas installée avec les boîtiers Linky.

Un nouveau déploiement serait donc nécessaire pour mettre en place ces ERL dans les foyers déjà équipés de compteurs. Une opération coûteuse pour l’installateur que l’Etat désignera (potentiellement les fournisseurs). À ces coûts de pose, viennent s’ajouter ceux de fabrication de matériel, de gestion de projet ou encore de maintenance. L’installation de ces afficheurs déportés est donc loin d’être une évidence pour les fournisseurs. Il est néanmoins important qu’ils l’envisagent. D’autant plus que l’Etat entend favoriser l’auto-consommation à l’avenir. Et la mise en place de l’auto-consommation implique de savoir combien on consomme, mais aussi combien on produit d’énergie. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) recommande de son côté d’« inscrire le développement des compteurs communicants dans une démarche globale qui doit permettre de développer une véritable culture de l’énergie chez les particuliers pour rendre plus visible la consommation et les habitudes à adopter pour réduire celle-ci ».

Des compteurs intelligents à la plateforme de domotique  

L’intégration de ces afficheurs déportés peut d’ailleurs constituer une opportunité plus qu’une contrainte pour les fournisseurs, si ces derniers en profitent pour repenser leur offre de services.

Plutôt que de se cantonner à informer les consommateurs sur leur consommation énergétique globale, les acteurs de l’énergie pourraient développer une plateforme permettant de centraliser les consommations énergétiques de chacun des équipements d’un foyer. Un plus pour les ménages qui pourraient ainsi optimiser leur consommation en ayant une connaissance bien plus affinée de leurs dépenses. Grâce aux données collectées sur les différents appareils ménagers auprès de chacun des consommateurs, la plateforme serait à même de fournir des informations sur la consommation moyenne de tel ou tel équipement. Et donc d’établir un profil énergétique pour chaque appareil ménager. On peut ainsi imaginer que les fournisseurs pourraient développer une activité de stratégie et de conseil, en indiquant aux ménages un indice de consommation énergétique des équipements ménagers. Cet indice viendrait remplacer ou compléter les étiquettes-énergie, ces notes auto évaluées et déclaratives allant de A+++ à G qui indiquent actuellement la performance énergétique des équipements. La plateforme permettrait de rassembler une communauté d’utilisateurs, qui seraient à même d’échanger sur leur consommation énergétique, celle de leurs équipements, etc.

L’obligation d’utiliser ZigBee et KNX rend même possible d’imaginer transformer ce simple afficheur en une réelle plateforme domotique. Sur celle-ci, on pourrait bien sûr monitorer leur consommation énergétique, mais aussi, les contrôler et les paramétrer à distance avec son smartphone ou par commande vocale. Les commercialisateurs seraient alors bien positionnés pour conclure des partenariats avec des constructeurs d’appareils domotiques, qui seraient gérés directement depuis la plateforme et pourraient même proposer des offres forfaitaires packagés et tout compris incluant : consommation, équipements, entretien, télésurveillance et plus encore.

Vers de nouveaux usages liés à l’énergie

En tirant parti de la boucle locale des afficheurs déportés et de la blockchain, on peut imaginer d’autres fonctions encore. Et notamment des applications favorisant une tokenisation de l’énergie, pour faciliter l’auto-consommation et le troc d’énergie. La tokenisation permet d’extraire des unités de valeur (énergie, heure de travail,…), pour pouvoir ensuite les valoriser, les commercialiser, les stocker ou les échanger. Dans le cas de l’électricité, plutôt que de produire de l’énergie et de la déverser dans sa totalité sur le réseau national, on pourrait tenir une comptabilité précise de sa production et de sa consommation, et décider de revendre ses unités d’énergie superflues. On pourrait ainsi faire le choix de les vendre directement à son voisin, qui connaîtrait parfaitement ses besoins en énergie et serait donc capable de calculer la quantité d’énergie nécessaire à la satisfaction de ses besoins. Ces transactions seraient sécurisées grâce à la blockchain.

Ces évolutions tendent vers une désintermédiation de l’approvisionnement en électricité. Raison de plus pour les fournisseurs en électricité de prendre les devants et de diversifier leurs activités pour dégager de la valeur ajoutée sur d’autres segments d’activités. L’installation des afficheurs déportés doit être perçue comme un facteur de différenciation. De nouveaux emplois pourraient de plus être créés, pour la gestion de communautés ou la réévaluation de la qualité des produits industriels par exemple, une aubaine pour l’industrie française !  

L’important pour mener cette révolution est de mettre au point une plateforme évolutive dès le départ. L’idée étant d’anticiper un maximum pour ne pas avoir à réaliser de coûteuses opérations de terrain, mais plutôt miser sur les ajustements dématérialisés. Reste alors à évaluer jusqu’où la plateforme doit être évolutive, en trouvant le juste équilibre entre les risques à prendre et le retour sur investissement anticipé. Et en s’entourant des bons partenaires. Finalement, la compensation de l’Etat, cette manne, doit être abordée comme l’occasion de mener une phase de test pour les fournisseurs, de manière à ce qu’ils soient prêts à déployer une solution innovante à grande échelle lorsque les afficheurs déportés se démocratiseront.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *