Un indicateur pour qualifier les smart cities

On parle beaucoup du concept de Smart City. Littéralement, cette ville intelligente qui répond aux besoins des citoyens en utilisant de manière optimale les technologies de l’information et de la communication. Elle fait la Une des journaux, elle nourrit les conversations et les projets des élus. Pour autant, on manque de repères et d’éléments de mesure pour qualifier son niveau de maturité.

Avec les élèves-ingénieurs de l’école centrale de Lyon, nous nous sommes lancé le défi de mesurer le QI des territoires. En quelques mois, nous sommes arrivés, ensemble, à créer un indicateur de performance des villes. Nous avons mis au point un système de notation qui permet aux élus de s’interroger sur leur politique numérique, de se mesurer et d’envisager des pistes d’amélioration pour leur ville.

 

Un indicateur pour un état des lieux de la ville à l’instant T

Le sujet étant largement médiatisé depuis deux ans, on aurait pu croire que l’engouement face à la Smart City ne survivrait pas. Finalement, tous les élus ont un projet Smart City sur leur bureau. Il est plus ou moins ambitieux selon les villes bien sûr – d’une collectivité à l’autre, les besoins et les budgets ne sont pas les mêmes – mais il existe ! L’idée de créer un indicateur était de permettre aux acteurs de prendre une photo des villes à l’instant T. Il y avait là une vraie volonté d’amener les élus à s’interroger sur leur projet de Smart City et de leur permettre de trouver des pistes d’amélioration pour leur collectivité.

Les étudiants de l’école centrale de Lyon ont bénéficié de beaucoup de liberté tout au long du projet. La limite était d’intégrer dans l’indicateur uniquement des solutions existantes et mises en places dans certaines villes du globe. Il fallait également prendre en compte le fait que rien n’est figé quand on parle de Smart City. Ce concept, en perpétuelle évolution, nécessitait un indicateur le plus modulable et le plus ouvert possible. Pour une meilleure lisibilité et pour laisser la place à des aménagements futurs, un découpage en axes de notation était ce qu’il y avait de plus approprié. Ils sont sept à ce jour :

  • les transports
  • la sécurité
  • la santé
  • le bien-être
  • le développement économique
  • les ressources
  • l’administration

Chaque axe a été catégorisé par un code couleur puis subdivisé en sous-axes. Par exemple, dans l’axe “Développement économique”, on découvre les sous-axes “infrastructures dédiées aux entreprises” et “politique d’innovation”.

Un degré d’avancement a été attribué à chacun des sous-axes:

1 pour les services standards, jusqu’à 5 pour les services les plus aboutis. Les sous-axes n’ayant pas le même  nombre de niveaux de maturité, ils peuvent aller jusqu’à 3 ou 4 suivant l’axe choisi. Les zones colorées représentent les niveaux atteints, les zones grisées représentent les niveaux atteignables.

Le niveau le plus élevé ne représente pas un objectif à atteindre. Il est un point de repère qui permet aux collectivités de s’interroger sur la pertinence de leur projet de Smart City. L’indicateur n’est pas un objet fini. Il est amené à évoluer avec le temps, pour permettre d’ajouter ou de supprimer des axes, des sous-axes, et des degrés d’avancement.

 

Les apports du numérique dans notre quotidien

Les quarante plus grandes villes mondiales représentent les deux tiers du potentiel économique de la planète. Aujourd’hui 78% de la population française habite en ville et en 2050, on estime que ce sera le cas de 80% de la population mondiale. L’un des défis sera alors d’accueillir plus de citoyens. Il faudra leur offrir un cadre de vie confortable,  durable et sécurisé. S’adapter à leurs besoins et pouvoir leur proposer un large panel de solutions et de services sera une nécessité.

Dans les villes des pays nordiques, la participation citoyenne est très développée. En France, on s’intéresse davantage aux services à la personne, à l’énergie et au transport. Ces différences de cultures entre les territoires sont à prendre en compte. Tout le monde a besoin de solutions et de services, numériques notamment. Il faut veiller à ce qu’ils soient adaptés aux usagers.

L’idée n’est pas ici de dépeindre le futur. Tout ceci est actuel et les apports du numérique sont déjà incroyables :

  • Il est possible, aujourd’hui, d’utiliser des trottoirs interactifs qui collectent des informations sur la fréquentation piétonne d’une rue ou d’un quartier.
  • Une application peut donner le taux d’occupation des transports en temps réel à ses utilisateurs et leur permettre de dématérialiser leur titre de transport.
  • Des logiciels permettent de faire de l’analyse prédictive des actes de malveillance grâce aux données recueillies sur la criminalité.
  • Pour améliorer la santé, certaines villes mettent en place des espaces connectés dédiés au sport et à la relaxation.
  • Le mobilier urbain connecté est capable d’interagir avec les citoyens. Ces derniers communiquent par exemple à la municipalité la qualité de l’air relevée sur un capteur connecté à leur smartphone.

Les villes se positionnent comme des acteurs clés de l’innovation digitale, de l’entreprenariat et du développement économique. C’est bien sur le cas avec New York, Londres ou Berlin mais aussi en France avec une spécificité qui nous est propre : celle de voir ce phénomène se développer dans les métropoles mais aussi à une maille territoriale plus fine.

 

Quelle stratégie numérique adopter pour son territoire ou sa ville et comment la mettre en œuvre ?

Se doter d’une stratégie numérique simple à exprimer et précise à exécuter

Rendre la ville intelligente nécessite de se réinterroger sur la finalité des services proposés aux usagers. Nous devons concevoir la ville autrement dans une approche intégrée et participative prenant en compte le vaste périmètre d’actions et de responsabilités des collectivités. L’approche doit être lisible de l’extérieur et exprimée simplement vis-à-vis des usagers et des agents de la collectivité.

Bâtir une dynamique

Un projet smart city nécessite la mise en place d’une dynamique transversale entre les services publics, les acteurs économiques qui façonnent le territoire et les usagers. Cette dynamique peut se traduire sous plusieurs formes : Les plus en vogue actuellement sont la création de tiers lieux (living lab, coworking, fab lab, repair lab, …) et le développement des Open Data.

Accélérer le déploiement des services et en augmenter la valeur d’usage

Deux « formes d’intelligence » sont à différencier dans les projets smart city :

  • la première, est l’intelligence des systèmes urbains (transports, énergies, déchets, …),
  • la seconde est la dimension « servicielle », visible et utile pour l’usager et qui lui fait prendre conscience des transformations de son quotidien et des bénéfices des projets engagés par la collectivité.

Dans le premier cas, les retours sur investissement sont mesurables et l’enjeu consiste essentiellement à passer à un niveau d’échelle supérieure (par exemple celui de l’immeuble au quartier ou du quartier à l’arrondissement).

Dans le deuxième cas, la problématique est moins dans le déploiement que dans le niveau d’appropriation des services et produits par les usagers et nécessite de se doter d’une démarche de marketing de l’innovation.

 

 

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