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Apprendre la douleur aux robots…

26 juillet 2016

Apprendre la douleur aux robots…

Droits réservés – The Washington Post/Worldcrunch – Karen Turner

Les robots sont en passe de s’accaparer une sensation fondamentalement humaine : la douleur.

Des chercheurs allemands s’appliquent à développer un « système nerveux » à même de déclencher une sorte de réponse à la douleur chez les robots, leur permettant de réagir rapidement et d’éviter les situations dangereuses.

« La douleur est un mécanisme de protection », comme l’a récemment déclaré le chercheur Johannes Kuehn lors d’une conférence. « En nous tenant à distance des dangers, elle nous aide à ne pas nous blesser. »

Les chercheurs ont ainsi programmé leurs robots de façon à ce qu’ils soient en mesure d’établir une « hiérarchie » de la douleur, par le biais d’une palette de stimuli divers, tels qu’un choc brutal ou une chaleur excessive. En fonction de la menace, cette programmation permet au robot de s’éloigner du danger : selon le degré de risque, le robot ajustera sa vitesse de réaction et se tiendra éloigné plus ou moins longtemps de la zone concernée.

Selon le compte-rendu de la recherche, « un robot doit être capable de détecter et classer des états physiques et perturbations imprévus, d’évaluer les dégâts potentiels que ces derniers pourraient engendrer, et de déclencher des contremesures adéquates ; en d’autres termes, d’agir par réflexe ».

Pour Johannes Kuehn, cette réponse à la douleur pourrait s’avérer particulièrement utile dans les usines, où son intégration aux robots responsables d’outillage lourd économiserait des coûts de réparation importants aux entreprises. Une intégration qui servirait en outre à créer un environnement plus sûr pour leurs collègues humains, qui travaillent souvent à leur côté.

Cette sensation de douleur synthétique pousse ainsi les robots à déclencher un mécanisme d’autoprotection. Il est vrai, les robots capables d’éviter automatiquement les collisions humaines existent déjà depuis un certain temps : des chercheurs de Stanford et de l’université de Rome-La Sapienza ont créé en 2011 un bras robotisé dôté de réflexes, à même de détecter et d’esquiver les collisions avec les êtres humains. Mais, selon Kuehn, munir ces robots d’un système nerveux les inciterait à se tenir à distance des risques, à éviter leur propre destruction tout en veillant toujours à ne pas entrer en collision avec les humains. A la clé, des robots plus réactifs, qui ne se limitent pas à simplement prévenir les accidents.

Ce n’est pas la première fois qu’on cherche à doter les robots de sensations physiques. En 2014, des chercheurs de Georgia Tech ont mis au point une « peau robotique » sensible, équipée de capteurs tactiles modulables. Ces derniers, à leur tour reliés à un support de mémoire qui stocke les interactions tactiles, imitent ainsi la mémoire sensorielle humaine. Le tout permet au robot de régler la pression de son toucher par rapport à l’objet qu’on lui présente, de sorte qu’il peut par la suite se saisir d’objets mous, tels que des fruits, sans les abîmer. On le voit, le potentiel de cette technologie tactile dépasse ainsi le cadre des machineries lourdes dans les usines, et pourra à terme intéresser d’autres secteurs, comme l’assistance aux personnes handicapées dans les tâches ménagères quotidiennes.

Mais doter les robots du sens du toucher, et plus encore, de la capacité à ressentir la douleur, soulève évidemment des questions éthiques. Pour preuve, une étude montre que les êtres humains éprouvent de la compassion en cas de blessure robotique.

Cette étude, parue dans le magazine Scientific Reports est la première à analyser l’empathie des humains pour des robots sujets à la douleur. Pour ce faire, on a mesuré l’activité éléctrique cérébrale d’individus soumis à des images de violence infligée à des humains et des robots. L’étude souligne qu’il existe bel et bien une sorte de préoccupation émotionnelle envers ces robots soumis à des actes de violence —certes, à un degré cependant moindre. Les raisons de cette réaction restent encore inconnues, même si certains chercheurs suggèrent que la banalisation des robots antropomorphes dans la culture populaire pourrait jouer un rôle.

Il y a encore du chemin à faire avant que les robots réagissent vraiment à la douleur. Mais ces études constituent des premiers pas importants.

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La Rédaction / The Editor

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