Analytics

Le Big Data va transformer nos villes et nos vies

19 mai 2016

author:

Le Big Data va transformer nos villes et nos vies

Droits réservés – Les Echos – 10 février – Catherine Sabbah

Nous vivrons demain en ville et sous un flot d’informations issues de sources multiples. De nombreux gouvernements ouvrent leurs bases de données pour améliorer leurs politiques publiques.

Où vivrons-nous demain ? En ville, bien sûr. Puisque les deux tiers de la population mondiale devraient, d’ici à 2050, rejoindre ces zones densément construites et déjà très peuplées. Mais plus sûrement encore, au sein d’un flux continu de données. Au cours des vingt dernières années, l’alimentation de bases à l’aide d’informations collectées de toutes parts, via les réseaux sociaux, les technologies de géolocalisation, des capteurs de température, de pollution, de bruits, des caméras… a créé ce que l’on range en vrac sous le nom de Big Data. La croissance du « monitoring » de nos sociétés, pour ne pas dire leur surveillance, est exponentielle dans les vieux pays, comme dans les économies émergentes et devrait encore s’accélérer : Cisco System, l’un des géants de l’informatique, estimait, dans une étude récente, qu’existeraient, d’ici à 2017, trois fois plus d’objets connectés que d’humains sur la Terre. Un filon quasi inépuisable mis à jour en permanence, permettant de nourrir des calculateurs surpuissants. La quantité de ces données et leurs granulométrie de plus en plus fine seraient de nature, d’après de nombreux chercheurs, à changer nos vies. Reste à savoir dans quel but.

Une fois triées, analysées, rangées, ces montagnes d’informations liées à chaque individu et à ses comportements sont croisées selon des modèles qui restent pour beaucoup à inventer. Il y a dix ans, la marque Walmart utilisait déjà l’analyse prévisionnelle pour gérer ses stocks de vêtements au plus près des tempêtes de neige ou des quinzaines caniculaires. Il y a plus longtemps encore, c’était sur l’intuition de tel ou tel visionnaire qu’il fallait compter pour anticiper les réponses à des besoins non encore exprimés.

Aujourd’hui, des algorithmes permettent, en analysant le passé, de tenter de prévoir le futur. Rares sont les secteurs de l’économie qui échappent à ces nouvelles modélisations.

Tout détenteur de smartphone a expérimenté (ou subi) la publicité ciblée après avoir acheté un livre ou un billet d’avion en ligne. Netflix et Amazon auraient tout saisi des goûts de leurs clients, au point de leur proposer ce dont ils pourraient avoir envie avant qu’ils ne le sachent eux-mêmes. Il suffit de se brancher sur le réseau wi-fi d’un centre commercial pour recevoir, sans les avoir demandées, les promotions des boutiques dont on est client…

Le commerce n’est pas le seul à tirer parti de ces nouveautés. Les assurances pourraient à l’avenir être bien mieux outillées pour analyser le risque et adapter leurs couvertures – et leurs tarifs – à des profils bien précis en étudiant, par exemple, toutes les données sur la conduite contenue dans l’ordinateur de bord d’une « smart car ». Ou en observant une carte des zones inondables remise à jour plus d’une fois par décennie. Les banques se jettent aussi sur ces mines d’informations, même si la crise de 2008 a prouvé que la rationalité des mathématiques n’empêchait pas les comportements erratiques guidés par l’appât du gain.

Des trésors inexploités

La véritable révolution pourrait pourtant venir d’ailleurs : de l’utilisation d’informations collectées et analysées dans d’autres buts que la seule recherche de profits. Sans toujours en être conscientes, les administrations, le fisc, la Sécurité sociale, le cadastre, les caisses de retraites ou Pôle emploi possèdent des trésors inexploités. « Les autorités se demandent aujourd’hui si le fait de rendre ces données publiques pourrait les aider à se décentraliser, fonctionner de façon moins cloisonnée et mieux assurer leurs missions », explique Steve Koonin, directeur du Center for Urban Science and Progress à l’université de New York. Cette ville a ouvert plus de 1.300 bases de données afin d’augmenter la transparence de sa gouvernance. Il faut se forcer un peu pour lire ces tableaux rébarbatifs retraçant les inspections sanitaires des restaurants, les accidents de voiture, les permis de construire, les résultats des tests de maths des écoliers ou les recettes fiscales de la ville… Mais, pour qui cherche vraiment l’information, elle est disponible. Dans la même veine, sur le site Open Data de la Ville de Paris, on trouve une masse d’informations éparses dont on ne sait pas trop quoi faire mais qui fabriquent, pour qui sait les lier, un observatoire de la société, de ses habitudes et de ses mouvements.

Le croisement de ces bases de données devrait pousser les services publics, traditionnellement organisés en silos, à échanger leurs informations afin de rendre plus efficaces les politiques publiques de santé, d’éducation, de transports… En liant les informations concernant les expulsions, le fichier des taxes foncières, les plaintes concernant les squatters et les signalements de sinistres dans des immeubles, la ville de New York a par exemple augmenté de 40 % l’évacuation d’immeubles insalubres et dangereux pour leurs occupants.

Dans une étude sur l’impact mondial des Big Data, pour les entreprises comme pour le secteur public, l’Institut Global McKinsey estime que ces nouveaux systèmes pourraient générer plus de 3.000 milliards de dollars, soit 3,4 % du produit mondial brut de 2013. Les études sont bien moins disertes sur le nombre d’emplois que ce nouvel écosystème pourrait créer ou, plus sûrement, dans un premier temps en tout cas, détruire.

Leave a comment

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *