Salon du Bourget

Bourget 2019 : 5 grandes tendances pour la transformation de l’aéronautique

12 juillet 2019

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Bourget 2019 : 5 grandes tendances pour la transformation de l’aéronautique

La 53ème édition du salon du Bourget a confirmé la pression concurrentielle grandissante dans le monde de l’aéronautique. Dans ce contexte, la donnée, les outils numériques et l’intelligence artificielle sont vus comme de précieux leviers pour accélérer la transformation et faire de ces défis des opportunités. 

Si l’édition 2019 du salon du Bourget a confirmé le dynamisme commercial du secteur en enregistrant quelques 140 milliards d’euros de contrats, elle a aussi mis en lumière les défis auxquels fait face l’industrie aéronautique. Le phénomène le plus marquant, largement anticipé, se révèle être, bien sûr, l’explosion du trafic aérien au cours des prochaines années. Elle fait peser de lourds enjeux de productivité et de cadence pour les constructeurs, mais aussi pour l’ensemble des fournisseurs impliqués dans la chaîne de valeur. 

La hausse de la demande n’arrive cependant pas seule. Elle s’accompagne d’un renforcement progressif des exigences de conformité, desquelles découlent de nouvelles attentes en termes de qualité de service, de traçabilité et de maintenance. Toujours soumis à une pression concurrentielle exacerbée, le secteur doit aussi apprendre à composer avec une nouvelle problématique d’image : le grand public exprime des préoccupations grandissantes sur l’empreinte écologique du transport aérien. 

Renforcer la collaboration sur l’ensemble de la chaîne de valeur

Les sujets de transformation sont déjà bien engagés chez les grands constructeurs d’avion. Ils concernent désormais les fournisseurs, obligés de suivre le mouvement pour garantir leur propre performance industrielle et accompagner le mouvement impulsé par les donneurs d’ordre. La numérisation concerne l’ensemble des activités, de la production industrielle proprement dite à la supply chain, la maintenance et même le suivi des commandes. 

L’enjeu n’est pas uniquement de numériser : il faut se mettre en ordre de marche pour intégrer les programmes de partage de données élaborés par les grands noms du secteur. À ce niveau, la plateforme Skywise développée par Airbus est une des premières initiatives de ce type. Initialement dédiée à la maintenance, elle s’enrichit progressivement de nouvelles briques visant à répondre à l’ensemble des besoins opérationnels des compagnies aériennes et s’ouvre à des prestataires externes. S’associer à la démarche devient un enjeu de compétitivité pour les fournisseurs de rang 1, avec un effet de cascade qui s’étend progressivement tout au long de la chaîne de valeur. L’objectif affiché : contribuer à faire de la plateforme un véritable magasin d’applications dédiées à la transformation numérique à l’échelle de l’industrie aérospatiale tout entière. 

Pour l’avionneur européen comme pour le reste du secteur, impliquer des spécialistes de la donnée dans la réflexion est une façon d’accélérer le développement de nouveaux services. Elle vise aussi à répondre, au moins en partie, à la question cruciale de la montée en compétences sur tous les sujets liés à l’innovation.

De son côté, le GIFAS (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales) a notamment conclu au Bourget la phase 2 de son programme national d’amélioration de la performance de la supply chain lancé à destination de 300 PME et ETI du secteur. C’est désormais le programme Industrie du Futur qui prend le relais, avec la volonté d’encourager la migration vers l’Industrie 4.0, de renforcer la collaboration entre fournisseurs et donneurs d’ordre, mais aussi de sécuriser les systèmes d’information et de production. 

A travers ces programmes, la volonté des constructeurs est de renforcer la collaboration avec l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur pour augmenter durablement leur performance. 

Optimiser et rationaliser les activités

Le 737 Max de Boeing a retenu toute l’attention lors de l’édition de 2017. En 2019, c’est au tour de l’A321 XLR lancé par Airbus. Ils ne sont pas issus d’un nouveau programme, mais incarnent une tendance forte à l’optimisation et à la rationalisation chez les grands constructeurs, qui se transmet à l’ensemble de la filière. 

Sur tous les aspects de la chaîne, la data, les outils de simulation et l’intelligence artificielle concourent à l’amélioration de l’efficacité énergétique ainsi qu’à la réduction des émissions de CO2. Des motoristes aux compagnies aériennes, les données de vol pour optimiser les séquences de décollage et d’atterrissage sont analysées afin de réduire au maximum la consommation de kérosène, le temps de parcours ou les nuisances sonores perçues par les riverains. 

Historiquement très utilisés dans le monde aéronautique, les outils d’analyse profitent désormais de données agrégées en interne et enrichies par des ressources venues non seulement d’autres départements, mais aussi de fournisseurs, de partenaires ou de clients. De la conception jusqu’au manufacturing en passant par la maintenance ou les opérations, les principaux métiers tirent parti de cette disparition progressive des silos. 

Accélérer grâce aux réalités virtuelle et augmentée

La réalité virtuelle (VR) et la réalité augmentée (AR) restent de précieuses alliées pour l’aéronautique qui fait partie des premières industries à en avoir généralisé l’usage. Cette édition 2019 confirme leur intérêt sur des scénarios variés dédiés à la conception, à la conformité, à la maintenance ou à la formation. L’heure n’est plus aux expérimentations : les applications associées sont désormais intégrées directement dans la chaîne de production chez tous les grands noms du secteur. 

Si la démonstration n’est plus à faire, il reste des attentes à satisfaire en termes d’équipement, avec le développement d’appareils plus ergonomiques et plus autonomes. Aujourd’hui, c’est finalement le smartphone et la tablette qui concentrent l’essentiel des usages en usine ou en atelier, où les lunettes et autres casques sont souvent perçus comme trop encombrants. Le casque de réalité mixte HoloLens 2 lancé en début d’année par Microsoft pourra-t-il changer la donne ?

Transformer l’espace aérien en un espace de mobilité 

L’enjeu de la transformation aéronautique concerne un périmètre plus large que celui de la simple industrie. Il mobilise aussi les autorités de régulation du trafic aérien, qui cherchent elles également en permanence à optimiser les flux. S’il est encore un peu tôt pour assister au déploiement à grande échelle de robots volants autonomes dédiés au transport de passagers, l’essor des drones renforce encore l’intérêt autour de ces questions à la fois opérationnelles et réglementaires. La conception des prototypes de robot taxi présentés par plusieurs constructeurs sur le salon donne par ailleurs lieu à une activité de recherche et développement susceptible de se révéler utile sur des activités plus traditionnelles. Réguler l’espace aérien devient clé afin d’en faire un vrai espace de mobilité. Des initiatives sont en cours, la sécurité aérienne vient ainsi de proposer une charte commune à l’Union Européenne qui devrait être ratifiée avant 2020 pour réglementer l’insertion des drones dans l’espace aérien. 

Réduire l’empreinte carbone 

En Suède, le mouvement « flygskam », se développe. Il regroupe les voyageurs honteux de prendre l’avion et préférant les solutions alternatives comme le train. En France, des députés ont déposé début juin une proposition de loi visant à interdire les vols domestiques quand le trajet correspondant est possible en train en moins de cinq heures. La question de l’écologie devient centrale dans l’aéronautique. Les carburants verts, l’hybridation et la propulsion électrique donnent lieu à de nombreuses expérimentations, signe que le secteur a bien compris l’urgence de la question écologique. Les tests en cours ne concernent pas réellement le trafic moyen ou long courrier, mais l’électrique semble en mesure de trouver des débouchés pour les petits appareils ou les vols de courte distance. L’avion totalement électrique n’est pas pour demain la technologie est pour le moment envisagée comme alternative aux réacteurs principaux pour les phases de roulage en intégrant un moteur électrique dans le train d’atterrissage

Cette édition 2019 n’a pas révélé d’innovation de rupture. Elle confirme plutôt deux tendances de fond : la rationalisation et l’amélioration, confirmant le mouvement déjà engagé depuis quelques années. La 3D, la data et l’intelligence artificielle trouvent désormais leur place sur la totalité de la chaîne de valeur. Parti des grands donneurs d’ordre, le digital irrigue jusqu’aux petits fournisseurs et devrait continuer à nourrir la transformation des activités au cours des prochaines années.

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