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La nouvelle appli de messagerie Facebook ravive le débat sur l’utilisation des réseaux sociaux par les plus jeunes

31 janvier 2018

La nouvelle appli de messagerie Facebook ravive le débat sur l’utilisation des réseaux sociaux par les plus jeunes

Facebook vient de lancer son appli de messagerie pour enfants. Avec son tout premier produit destinés aux plus jeunes, le réseau social se place au coeur du débat concernant l’entrée des enfants dans la vie digitale.

L’appli Messenger Kids permet aux enfants de 13 ans d’envoyer des SMS, des vidéos et des photos sur lesquelles ils peuvent en outre dessiner et ajouter des stickers. Lancée le 4 décembre dernier aux Etats-Unis, l’application met à la portée du réseau social une cible jusqu’alors hors d’atteinte, car trop jeune. Contrairement à son interface principale, Facebook assure que la collecte de données sur Messenger Kids sera limitée et que les enfants devront bénéficier du feu vert de leurs parents pour l’utiliser.

D’après Facebook, Messenger Kids a été élaboré en consultation avec des centaines de parents et plusieurs associations de défense des droits de l’enfant, comme le Centre National pour les Enfants Disparus et Exploités. Ces conversations ont été riches en enseignements, selon Antigone Davis, chargée de la sécurité globale de Facebook. La permission des parents est requise non seulement pour s’inscrire sur l’application, mais également lorsque deux enfants veulent devenir amis et entrer en contact, explique-t-elle : « Comme lorsqu’un enfant veut inviter un copain à jouer chez lui ».

Cette dernière innovation en date pour le géant d’internet illustre bien la manière dont les acteurs digitaux se frottent aux lois de protection de la vie privée des enfants en ligne, et en particulier le Children’s Online Privacy Protection Act aux Etats-Unis. Ce texte contraint les entreprises visant un public de moins de 13 ans à prendre des mesures supplémentaires garantissant la sécurité et le respect de la vie privée de ses jeunes utilisateurs, notamment en ce qui concerne la publicité — un enfant n’étant pas forcément en mesure de distinguer une pub d’un contenu non-commercial. Depuis des années, les pontes du digital s’y sont conformés, interdisant tout simplement aux moins de 13 ans de posséder un compte. Mais entre une technologie qui cherche à intégrer progressivement tous les membres de la famille, et la volonté de croissance des entreprises, les enfants sont devenus une cible particulièrement attrayante. « C’est un marché très lucratif. Les entreprises cherchent à capter ces personnes, ces enfants, dans le but de les accompagner tout au long de leur vie », explique la professeure en communication à l’Université de Washington Kathryn Montgomery, qui a milité pour l’adoption du Children’s Online Privacy Protection Act.

Plusieurs acteurs majeurs du marché numérique ont récemment lancé des produits permettant aux enfants d’utiliser leurs services, en conformité avec le COPPA, atteignant ainsi les quelque 48,8 millions de mineurs de 13 ans aux Etats-Unis. En mars dernier, Google a présenté Family Link qui permet aux parents de paramétrer un compte Google adapté à leur enfant. De son côté, Amazon a également ajouté à ses enceintes intelligentes Echo des fonctionnalités spéciales pour les enfants, qui requièrent l’autorisation des parents pour être activées. (Le PDG d’Amazon, Jeffrey P. Bezos, est propriétaire du Washington Post.)

Antigone Davis affirme que Facebook s’est assuré, auprès de la Commission fédérale du commerce, que Messenger Kids était conforme aux directives du COPPA. Invitée à s’exprimer sur le sujet, la Commission n’a pas répondu.

Pour les analystes, Messenger Kids permet à Facebook de renouer avec une jeune génération qui tend à délaisser le réseau social. Il y a deux mois, la société a également racheté TBH, une application de messagerie très prisée par les ados. L’entreprise de Mark Zuckerberg a expliqué que lorsque les parents consultés en amont de la création de Messenger Kids ont indiqué qu’ils ne voulaient pas d’un véritable réseau social mais plutôt un outil de communication.

Facebook a annoncé que son application de messagerie pour enfants ne contiendrait pas de pub et que les données recueillies ne seraient pas utilisées dans le cadre de Facebook ads (aucun risque donc que les parents voient soudain apparaître sur leur fil une pub pour un jouet que leur enfant aurait mentionné sur Messenger Kids, par exemple). La société affirme par ailleurs qu’aucune donnée ne sera transmise au réseau social principal, ou à tout autre produit Facebook, une fois que l’utilisateur fête ses 13 ans.

Certes, cette nouvelle appli ne nécessite pas de créer un compte Facebook pour ces jeunes utilisateurs. Mais les parents doivent toutefois utiliser leur propre compte pour activer Messenger Kids — sans pour autant lier le compte de leur enfant à leur profil. On remarque cependant que, selon la politique de protection de la vie privée de l’application, Facebook s’autorise à collecter des informations contenues dans les échanges de messages, et se réserve le droit de les partager avec d’autres entités comme des sociétés de gestions de service client ou des entreprises d’analyse de performance du produit. Ces dernières disposent, à leur tour, de leurs propres politiques de protection de la vie privée de l’enfant.

Antigone Davis précise par ailleurs que si les parents décident de supprimer le compte de leur enfant, Facebook s’engage à effacer toutes les données associées de ses serveurs.

Cet intérêt de la part de Facebook pour les plus jeunes déclenche néanmoins quelques inquiétudes. « Nous apprécions le fait que, pour le moment, ce produit ne comporte pas de publicité et semble conçu pour que les parents gardent la mainmise. Mais les parents peuvent-ils croire pour autant que Facebook agit dans l’intérêt pur et simple de leurs enfants ? », s’interroge, dans un communiqué, Jim Steyer, directeur général de Common Sense Media, une organisation américaine spécialisée dans l’étude des médias et technologies familiales. Un sondage réalisé récemment par le Family Online Safety Institute a révélé qu’en ce qui concerne leurs enfants, les parents se méfiaient davantage des « avantages » présentés par les réseaux sociaux que ceux des smartphones ou même des accessoires connectés.

Kathryn Montgomery constate que si Facebook s’est bien conformé au COPPA, une certaine prudence est toutefois de mise : la dimension non-commerciale de certains produits est susceptible d’être reconsidérée à tout moment. En sa qualité de consultante pour le Centre pour la Démocratie numérique, elle prédit que « de nouveaux aspects du produit vont émerger. C’est une période très intéressante, où de nombreuses efforts sont faits pour investir ce marché ».

Messenger Kids a d’abord été lancée sur l’App Store d’Apple ; Facebook prévoit d’en sortir les versions Android et Amazon courant 2018. Le lancement d’une plate-forme pour enfants version Instagram, l’autre réseau social majeur détenu par Facebook, n’est, pour l’heure, pas au programme.

Pour Larry Magid, directeur général de l’organisation ConnectSafely.org consultée par Facebook en amont du lancement de Messenger Kids, cette approche pourrait encourager d’autres acteurs à créer des services plus sûrs, plus restreints, mais aussi conformes à la réglementation en vigueur pour les enfants. « Soyons réalistes, les enfants finiront par utiliser des applications de messagerie, même s’ils ont moins de 13 ans, conclut-il. La question est : faut-il tout bonnement les interdire, et nous résoudre à mener un combat perdu d’avance ? »

Tous droits réservés : The Washington Post/Worldcrunch par Hayley Tsukayama

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One Comment
  1. Didier T.

    Je me demande comment Facebook peut sécuriser le téléchargement et l'utilisation de cette application par les -13 ans... L'autorisation des parents ? Via leur propre compte Facebook ? L'enfant peut très bien créer des faux parents sur ce réseau social donc bon...

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