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Après votre vie privée, Facebook s’attaque à votre vie professionnelle

1 décembre 2016

Après votre vie privée, Facebook s’attaque à votre vie professionnelle

Tous droits réservés: The Telegraph/Worldcrunch  – James Titcomb

En l’espace de 12 ans, Facebook a balayé la plupart de ses rivaux, attiré près de la moitié des internautes et changé notre façon de retrouver nos amis perdus de vue. Mais il y a encore un domaine de notre vie que le réseau social n’a pas conquis : le bureau.

Le géant de l’internet s’est récemment donné pour mission de changer cette situation, en dévoilant une version de Facebook entièrement dévouée au monde de l’entreprise. « Workplace by Facebook », fraîchement sorti d’une période d’essai de deux ans, rappelle instantanément le célèbre réseau social à ses utilisateurs — à l’exception peut-être du bleu habituel, remplacé pour l’occasion par un gris plus discret.

On peut y publier des statuts, des photos ou vidéos, « liker » et commenter des publications sur son fil d’actualité, ou encore y discuter avec ses collègues. Mais au lieu d’accueillir vidéos virales de chatons et autres photos de vacances à faire pâlir d’envie ses amis, Workplace se définit comme l’endroit parfait pour poster les comptes-rendus de réunion, les communiqués de la direction, ou les horaires de fonctionnement de l’entreprise.

Basé à Londres, Workplace est le premier produit de Facebook à être conçu et lancé en dehors des États-Unis. Comme Slack et Yammer, ce réseau vise à proposer une alternative aux emails parfois fastidieux, et ce par le biais d’une interface conviviale et simple d’utilisation. Ce changement de secteur inaugure un nouveau chapitre pour l’entreprise, qui s’était jusque là cantonnée à des applications axées sur les utilisateurs et financées par les publicités.

Si Workplace ressemble beaucoup à Facebook, ce sont deux entités bien séparées. Les employés n’ont pas besoin de créer un compte : ce sont leurs employeurs qui leur attribuent de nouveaux profils. Qui plus est, les deux services ne partagent pas leurs données et Workplace n’accueille pas de publicités, optant pour une facturation mensuelle directement auprès des entreprises qui l’utilisent.

« La mission de Facebook, c’est de relier les gens, dixit Julien Codorniou, le directeur général du projet Workplace. Et on ne peut pas prétendre relier les gens si l’on fait l’impasse sur leur lieu de travail ».

Facebook se sert déjà d’une version de Workplace en interne depuis quelques années, et a ce faisant quasiment éliminé toute communication par email au sein de l’entreprise. Si Mark Zuckerberg a une annonce à faire à ses employés, par exemple, il l’affichera au sein d’un groupe Facebook.

Mais il y a un peu plus de 18 mois, l’entreprise a commencé à tester une version destinées aux entreprises sous le nom de Facebook at Work (« Facebook au Travail ») au sein d’organisations comme la Banque Royale d’Écosse, le Club Med, et le Royal National Institute for the Blind. Plus récemment, d’autres instances comme Danone, Starbucks, ainsi que le gouvernement de Singapour, ont donné leur accord pour essayer le nouveau système.

Pour Julien Codorniou, « notre but n’est pas d’éradiquer les emails — même si c’est bien ce qui est train de se passer ». Il ajoute, « [avec les emails] vous vous réveillez tous les matins avec 400 emails, classés par ordre chronologique. Et il y a des risques pour que vous commenciez par lire ce qu’un stagiaire au Japon vient de publier avant de voir ce que votre patron a posté il y a deux heures ».

Au sein de Workplace, les publications ne sont pas rangées chronologiquement, mais par le News Feed (« fil d’actualité »), cet algorithme sur la page d’accueil qui classe les mises à jour par ordre d’importance. Autre différence avec Facebook : les utilisateurs n’ajoutent pas des amis mais « suivent » d’autres inscrits et s’abonnent à des groupes, déterminant ainsi quels messages ils reçoivent.

Selon Julien Codorniou, il n’y aura pas d’échange d’information entre le réseau social Facebook et Workplace, chaque entreprise restant propriétaire des données. « La liste des entreprises [qui utilisent Workplace] est une preuve de la sécurité du produit », a-t-il déclaré.

Et pour Codorniou, le fait que Facebook se soit fait connaître comme plate-forme sociale n’est pas un problème, comme ses rivaux ont pu le suggérer, bien au contraire : déjà au fait du fonctionnement de Facebook, les utilisateurs n’auront aucun mal à se familiariser avec Workplace, économisant ainsi l’apprentissage d’un nouveau système.

Dans de nombreuses entreprises, beaucoup d’ouvriers n’ont pas accès à une boîte email. Pour le directeur général de Workplace, cette situation pose des problèmes évidents de communication.

« Danone va présenter Workplace à 100 000 employés. Environ 30 000 de ces employés n’ont jamais eu d’email, n’ont pas de PC, n’ont pas de bureau, » a-t-il dit. « La meilleure façon pour un PDG de parler à ses ouvriers, dans les usines, c’est encore d’envoyer un email, et de s’assurer que l’email a été imprimé puis affiché dans les toilettes. [Grâce à Workplace] tout le monde peut faire entendre sa voix ».

Et Codorniou d’ajouter que certaines technologies déjà utilisées dans la version publique de Facebook — comme l’assistance pour les utilisateurs malvoyants, la traduction en langue étrangère et l’application mobile — pourraient représenter un avantage considérable, une fois appliquées à Workplace.

Chez Facebook, on place haut la barre du succès : le réseau social a plus d’1,7 milliard d’utilisateurs à son actif, et ses applications WhatsApp et Instagram comptent plus d’1 milliard et 500 millions d’utilisateurs respectifs. Workplace espère engranger « des centaines de millions » d’utilisateurs au cours des prochaines années.

Si pour Codorniou,  l’entreprise « n’est pas obsédée par la monétisation », Workplace est pourtant en mesure de générer des milliards de dollars de revenus, facturant mensuellement entre 1 et 3 dollars par utilisateur en fonction du nombre d’employés inscrits.

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