Innovation

Faut-il avoir peur de l’IA ?

13 décembre 2016

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Faut-il avoir peur de l’IA ?

L’Intelligence Artificielle, ou IA, a fait des irruptions remarquées : en 2011 quand IBM a gagné le jeu Jeopardy avec Watson, et en 2016 quand AlphaGo de Google a battu le meilleur joueur mondial de Go. Résultats impressionnants, pourtant jugés impensables avant une dizaine d’années selon les spécialistes.

Les percées évoquées plus haut sont le résultat d’un apprentissage de type accumulations de preuves au sein d’une masse de cas : Ces systèmes reproduisent ce qu’ils ont appris, en cherchant les meilleures réponses  par l’exploration pondérée de l’ensemble des voies praticables dans un contexte donné. Il faut aujourd’hui activer une débauche de puissance dans les systèmes enrôlés pour ces succès. On ne peut que saluer ces exploits, un peu comme la conquête d’une nouvelle lune (mais on peut aussi se rappeler qu’on ne va toujours pas pique-niquer sur la nôtre 50 ans après).

Comme nous avons déjà des robots industriels qui nous remplacent aux postes pénibles et aux tâches répétitives, on peut se demander s’ils ne vont pas nous remplacer dans tous les domaines ?

Dès qu’on a des données en quantité massive (le Big Data est là) des algorithmes d’apprentissage peuvent être mis en route et leurs résultats vont s’améliorer dans la durée, jusqu’à être meilleur que l’homme. Par exemple, la reconnaissance des numéros des habitations, à partir des images de façades prises par Google a été réalisée en moins d’une heure pour la France entière, et avec un taux d’erreur moindre que l’équipe humaine témoin. (On ne connait pas exactement la puissance mise en œuvre, mais mobiliser quelques milliers de machines pour un apprentissage ne fait plus peur)

On ne peut pas vraiment parler de « systèmes intelligents », on devrait plutôt parler de « systèmes de savoirs »: Les approches cognitives ne sont pas inventives, ce qui nous laisse une chance.

Ces systèmes vont devenir a minima des collaborateurs efficaces, comme le sont déjà nos outils quotidiens pour un tas de tâches qui secondent nos mémoires (qui m’appelle, quand et où est un rendez-vous, comment y aller) ou qui me rapprochent des autres (qui achète quoi, qui a un profil qui me ressemble, est-ce que la salle est attentive, etc.)

À titre d’exemple, un de ces compagnons-IA pourra trouver immédiatement et mieux que personne toute la jurisprudence associée à une cause juridique qu’il écoute, mais il ne saura par répondre à la contradiction, ce qui restera l’apanage de l’avocat. Un autre compagnon-IA pourra diagnostiquer une panne de télévision câblée à partir des symptômes qu’il observe, mais il n’aura pas ce bon vieux réflexe de taper d’abord sur le téléviseur pour voir si ça va mieux…

 Certes les résultats ne sont pas encore parfaits mais la voie est grande ouverte et n’attend que du « plus » pour se perfectionner :

  • Plus d’exemples : le digital l’amène, que ce soit en banques de textes, d’images, de vidéos ou d’expressions personnelles via les réseaux sociaux, etc. Plus il en est de disponible à l’entrainement, plus les réponses sont fiables.
  • Plus de puissance : Le cloud offre aujourd’hui des moyens de traitement nécessaires et l’avenir va aussi vers des hardwares spécialisés. Si les puces GPU autorisent déjà des calculs massivement parallèles, de nouvelles puces « neuronales » comme TrueNorth d’IBM font leur apparition: Cette puissance arrive et on peut déjà parier qu’une bonne partie finira dans nos smartphones.
  • Plus d’intérêt : L’engagement des grands acteurs dans cette voie, matérialisée par les succès grand public déjà évoqués, provoque l’effet attendu : pour ne pas rester en arrière, les entreprises votent des budgets, mobilisent des équipes et s’autorisent à explorer de nouvelles voies : le monde digital est déjà connoté IA.
  • Plus de professionnels : L’ IA est au programme des grands écoles et des universités, les ressources pédagogiques libres sont nombreuses et la marche est abaissée par les grands acteurs au travers de services de haut niveau mais simples d’emploi (reconnaissance de la parole, des images, des émotions, de la personnalité, etc.)

Et pour reprendre le titre de ce blog sur la peur, plus d’inquiétude aussi : on ne sait plus vraiment ce qui peut sortir du chapeau.

Citons le groupement open source openai[i], qu’on pourrait qualifier d’éthique : il a réuni 1 milliard de dollars d’investissements sans but lucratif, d’abord pour que les percées de l’IA puisse profiter à tous, ensuite et surtout pour éviter que cette force encore incontrôlée puisse servir à des fins de domination quelles qu’elles soient.

L’IA est bel et bien une nouvelle révolution industrielle et une nouvelle révolution informatique (apprendre directement à partir d’exemples plutôt que conceptualiser et programmer).

Elle n’est pas (encore) créative : elle apprend de nos expériences.

Elle va nous seconder et nous remplacer dans toutes les tâches de reconnaissance ; elle pliera les connaissances comme elle sait déjà plier des tôles.

Il faut donc rester en vigilance forte sur ses emplois et ses évolutions et peut-être même se préparer à un nouveau monde où une bonne part du travail usuel de recherche d’informations disparaitra. Ce sera, espérons-le, au profit des arts créatifs qui nous appartiennent en propre.

Pour finir , certains imaginent que la volonté d’exister puisse être une émergence spontanée de la complexité. À l’augmenter sans cesse dans nos machines, on serait déjà en train de préparer une entité pensante d’un nouveau genre, « totalement inhumaine » pour reprendre le titre d’un livre qu’on souhaite rester de fiction.  Et là, oui, ça peut faire peur.

[i] https://openai.com/about/

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