Cybersécurité

Les nouvelles frontières du cyber au cœur des enjeux de souveraineté nationale

14 juin 2018

Les nouvelles frontières du cyber au cœur des enjeux de souveraineté nationale

Les capteurs du renseignement sont désormais capables de collecter des quantités considérables de données. Mais ce travail est vain s’il ne s’accompagne pas d’un réel contrôle sur ces données. Leur gouvernance est donc absolument nécessaire afin d’optimiser et de normaliser l’interopérabilité interministérielle et inter-agence.

La communauté du renseignement gagne en efficacité et en flexibilité dès lors que des procédures globales sont identifiées et adoptées et que le système dont elles usent est ontologiquement pensé comme s’inscrivant dans un cadre national préservant les libertés individuelles. Importer des systèmes étrangers, c’est avant tout s’appuyer sur des modes opératoires éloignés de notre cadre légal.

Investir dans le partage de l’information

La France dispose depuis deux Livres blancs et deux lois de programmation militaire de moyens de recueil de la donnée à travers la fonction connaissance et anticipation. Il convient désormais d’investir dans le domaine du partage de l’information, à l’heure où une information captée sur un théâtre extérieur peut avoir une conséquence grave à l’intérieur. La France doit donc mobiliser ses ressources pour mettre en place un environnement d’exploitation de la donnée permettant d’assurer sa souveraineté numérique au service de son autonomie d’appréciation et de décision stratégique.

La France ne peut plus se permettre de laisser d’autres pays, fussent-ils alliés, maitriser nos données. Comme le dit Pierre Bellanger, ” notre société qui se numérise passe ainsi sous souveraineté étrangère, emportant vies privées, secrets industriels et bientôt ce qui fonde notre continuation de la République dans le cyberespace. Il faut à notre maison numérique des fondations républicaines.” (1)  

Les dangers de la cession de données

En pleine révolution numérique, les réflexions sur les enjeux éthiques liés à l’évolution des technologies du renseignement se font de plus en plus prégnantes. Les instruments de contrôle existent et sont institutionnalisés. Certains doutent pourtant de leur efficacité dans un contexte qui donne de plus en plus d’envergure aux services. Pourtant en acceptant les conditions d’usages d’application étrangères, les usagers tolèrent l’intrusion dans leurs vies privées par la cession totale de leurs données personnelles. Cette industrie de l’information et ses processus de corrélations disposent d’outils dont l’usage est contraint pour nos services de renseignements.

Cette tension pousse par exemple la CNIL (2) à lancer une série de débats publics sur l’apparition des algorithmes qui s’insinuent dans nos vies de manière invisible (moteur de recherches, diagnostics médicaux automatiques, affectation des étudiants à l’université, etc.). Les services de renseignements eux-mêmes n’échappent pas à l’usage des algorithmes pour automatiser leurs outils de veille ou de recherche d’individus, faisant de l’intelligence artificielle un nouvel agent à part entière.

Des outils souverains indispensables

Pour faire face à la menace et valoriser la donnée des services de sécurité, le gouvernement a fait publier au Journal officiel un décret donnant naissance à l’ACCReD (3), en août 2017, permettant de croiser de nombreux fichiers sécuritaires de l’État afin de faciliter les enquêtes administratives sur les personnes pouvant avoir accès à des zones sensibles. Alors que l’Etat organise l’utilisation d’outils cyber, les instruments de contrôle – comme la CNCTR (4) – agissent comme de véritables funambules, abritant entre la raison d’Etat qui prône des moyens de plus en plus substantiels et la préservation des droits et libertés des citoyens, essence même de la démocratie.

Le ” cyber-renseignement ” que nous avons dépeint ici doit rester une composante stratégique de l’Etat français, qui doit se doter d’outils souverains afin de conserver une avance dans sa manière de penser et d’être en mesure de prendre des décisions seul, sans mains extérieures.


(1) BELLANGER Pierre, « Pourquoi un commissariat à la souveraineté numérique », publié in Le Point, février 2016.

(2) CNIL : Commission nationale de l’informatique et des libertés.

(3) ACCReD : Automatisation de la consultation centralisée de renseignements et de données.

(4) CNCTR : Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement.

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