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Open Payment : La convergence bancaire au service des usagers

10 décembre 2015

Open Payment : La convergence bancaire au service des usagers

Aujourd’hui, tout un chacun peut utiliser des services tels qu’un emplacement de stationnement, un bus, une bibliothèque, une piscine, une cantine, etc. sous réserve, et non des moindres, de posséder un très grand porte-cartes afin d’être sûr d’avoir à l’instant choisi le bon support correspondant au bon service.

Le développement des nouvelles technologies (Internet, carte sans contact, téléphones mobiles NFC, montre connectée, etc.) et la révolution digitale ont déclenché une remise en cause de l’ensemble des acteurs dans la définition, l’usage et le paiement des services offerts à la personne.

Cela s’est traduit par l’émergence d’un nouveau concept, la convergence bancaire, à savoir le mariage des mondes « encartés »: la banque, le transport et la billettique.

Le concept de convergence bancaire consiste à proposer un service unique, intégrant des services de métiers distincts, s’appuyant sur un paiement adapté au multi-support et basé sur des technologies ouvertes non-propriétaires.

Comme tout concept, il se cherche, se normalise tant bien que mal au gré des expérimentations menées et des investissements consentis, se défend parfois, mais finira, par s’imposer comme une évidence aux yeux de tous les acteurs.

Un monde infini de services

« L’ère de la dématérialisation des services et de leurs supports avance à grands pas »

Dans un monde urbanisé, bancarisé, et en pleine mutation, le panel de services, qu’ils soient payants ou non, publics ou privés, mis à disposition est impressionnant.

Sans être exhaustif, nous avons ainsi :

  • La communauté urbaine (transport, stationnement, parking)
  • Les services municipaux (école, périscolaire, bibliothèque, piscine)
  • Les commerçants (fidélité, achat)
  • Les entreprises (accès, identification)
  • Les banques (moyens de paiement)

Pour chacun de ces services, un support lui est associé afin d’en permettre l’accès, l’usage, le contrôle et le paiement éventuel. Ce support est bien souvent une carte dotée d’une piste magnétique et/ou d’une puce électronique, couplée à la technologie du sans contact de plus en plus. Afin d’éviter l’engorgement des  portefeuilles, mais surtout de simplifier le parcours de l’usager, l’ère de la dématérialisation des services et de leurs supports avance à grands pas.

S’appuyant sur la révolution numérique, cette dématérialisation prend plusieurs formes. Elle est à la fois concentrée (regroupement de plusieurs services sur un même support), étendue (un même service utilisé quel que soit le support), interopérable (acceptable sur différents réseaux), technologique (sans contact), sécuritaire (lutte contre la fraude et l’usurpation d’identité), réglementée (régional, national, international) et normée (ISO, standard, processus).

Cette liste peut faire peur, et explique pourquoi seuls certains domaines ont osé s’attaquer au sujet. Les investissements nécessaires au développement de cette dématérialisation sont-ils en rapport avec les gains potentiels ? Par investissements, nous entendons avoir à terme à la fois une architecture ouverte à tous, pérenne, évolutive, et donc maintenable ; mais aussi une compatibilité des différents composants du système, et donc ainsi sortir de l’ornière propriétaire, avec un catalogue d’applications sécurisées et un traitement des informations en temps réel.

Par gains, la mutualisation technologique et la convergence des usages permettent d’être vecteur d’innovation, mais aussi le développement des bouquets de services, la simplification du parcours client et un usage par tous.

Dans le cadre des services publics et communautaires, cela permet plus particulièrement de moderniser l’image de la collectivité, de renforcer l’identité du territoire, d’offrir un support unique au citoyen via un référentiel unique tout en simplifiant les démarches et en renforçant la cohésion sociale. Alors, la réponse est bien oui.

« La mutualisation technologique et la convergence des usages permettent d’être vecteur d’innovation » 

Un mariage difficile

La convergence bancaire regroupe dans un même périmètre les envies, mais aussi les contraintes ou exigences évoquées précédemment. Le terme de mariage employé n’est pas trop fort, loin de là.

Il suffit de se rappeler le délai nécessaire au déploiement de la norme EMV en France et en Europe pour avoir une idée des difficultés, contraintes ou freins auxquels ce nouveau concept s’attaque. Pour rappel, le but de cette norme est de rendre interopérable l’ensemble des cartes de paiement équipées d’une puce électronique avec l’ensemble du parc des terminaux de paiement électronique, et d’améliorer la sécurité des transactions réalisées en mode hors ligne, c’est-à-dire sans demande d’autorisation bancaire. Techniquement, une puce électronique reste ce qu’elle est, à savoir un entrepôt de stockage et de traitement d’informations qui peuvent être lues, écrites et supprimées. A cette puce est associé un masque qui permet de personnaliser son utilisation par un opérateur de téléphonie mobile, une banque ou une entreprise par exemple. La difficulté consiste à faire cohabiter au même endroit des exigences réglementaires et normatives propres à chacun des métiers, parfois spécifiques à un pays, tel que la France.

« La difficulté consiste à faire cohabiter au même endroit des exigences réglementaires et normatives propres à chacun des métiers »

Nous pouvons citer de manière non exhaustive :

  • Protéger la vie privée de l’utilisateur (CNIL), renforcée encore récemment par l’adoption de la DSP2 (la seconde Directive sur les Services de Paiement) par le Parlement Européen le 8 octobre 2015, soit près de 6 ans après l’applicabilité de la première
  • Respecter le Code monétaire et financier (CMF ou COMOFI), ainsi que le Code de la consommation
  • Prévenir les fraudes internes et externes
  • Avoir un temps de traitement d’une transaction très rapide
  • Pour les cartes de paiement, respecter la norme EMV et les règles du paiement sans contact
  • Pour les cartes de transport, respecter la norme Calypso
  • Pour les cartes de téléphonie, respecter les formats de l’UICC (carte SIM) et les normes associées
  • Accepter le micro paiement ou la gratuité (pouvant se traduire par un paiement à zéro euro)
  • Compatible avec les supports actuels (carte, téléphone, etc.)
  • Permettre un contrôle en temps réel et à posteriori

En réponse à cela, trois axes principaux d’étude et d’expérimentation sont actuellement explorés. Chacun d’eux est basé sur l’utilisation du support d’origine du métier dont il est issu. Pour la banque, ce sera la carte bancaire taguée NFC ; pour le transport, ce sera une carte à puce ayant une capacité « sans contact » ; et pour la téléphonie, un smartphone possédant une capacité NFC.

Des fondeurs, en passant par les encarteurs, les banques, les opérateurs ou les GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), tous savent que celui qui aura le système le plus pratique, le plus facile d’utilisation, voir le moins cher, aura gagné la partie, même si le coût de fabrication initial de celui-ci est élevé.

Pourquoi ? Parce que les consommateurs sont prêts à payer un service si celui-ci est à valeur ajoutée, mais surtout si le paiement est sécurisé et ne leur coûte pas trop de … temps ! Paradoxal, oui c’est vrai, mais au combien vérifié dans les études d’optimisation des parcours clients qui ont pu être réalisées à ce jour.

Un mode de paiement en expansion

Payer un service parait au prime abord facile. Dans notre société actuelle, il suffit pour cela de faire un chèque, de faire un virement ou un prélèvement, de sortir une carte bancaire ou encore d’utiliser des espèces « sonnantes et trébuchantes ».

A l’ère de l’Espace unique de paiement en euros, ou plus communément du SEPA (Single Euro Payments Area), la tendance va à la dématérialisation et à l’utilisation de la technologie « sans contact », synonyme de disparition à termes des chèques et des espèces, mais surtout des coûts de gestion et des risques associés à leurs usages. Malheureusement, le « sans contact » a encore mauvaise presse auprès des français. Selon le groupement des cartes bancaires, moins d’un consommateur français sur cinq utilisait cette fonctionnalité en 2014 : les transactions sans contact représentaient à peine plus d’1 % des transactions effectuées durant l’année. Selon un sondage Odoxa réalisé en janvier 2015 pour le Syntec numérique, 57 % des français estiment cette technologie « inutile ». La plupart ne l’utilisent pas par méconnaissance (43 %) et une partie des consommateurs craignent les bugs (14 %) et la fraude. Malgré tout, en mars 2015, d’après l’Observatoire du NFC et du sans-contact, 34,7 millions de cartes sont équipées de la norme NFC, soit 54% des cartes en circulation. A cela, il faut ajouter les 700 000 personnes équipées de téléphones mobiles acceptant la norme NFC, présente sur 81 appareils.

Début octobre 2015, Visa annonçait que plus de 50% des titulaires de cartes Visa disposent d’une carte sans contact et plus de 30% des commerçants l’acceptent. Le déploiement des cartes et terminaux sans contact va continuer à croître dans les prochaines années, avec un objectif de 100% d’équipement d’ici 2020.

La convergence : une question d’initiative

Payer en sans contact étant maintenant possible, encore faut-il pouvoir le faire au bon moment, dans le bon timing et sans négliger les aspects sécuritaires.

Trois modes de paiement du service sont possibles : avant (pré-paiement ou « pay-before »), pendant (paiement à l’instant ou « pay-as-you-go ») ou après (paiement à posteriori ou « pay-later ») son utilisation.

Les informations associées à l’usager et au service utilisé peuvent être soit stockées localement sur le support électronique (puce, téléphone, etc.), en « back-office » par le fournisseur du service ou l’un de ses prestataires, voire dans le « Cloud ». Les combinaisons entre le mode, le stockage et les acteurs sont donc multiples et dépendent pour partie de la réponse à la question : qui portera la responsabilité, les risques et les coûts associés en cas de litige ?

Cette question est souvent le principal frein au développement de solutions répondant à la convergence bancaire. Pour rappel, les acteurs travaillant sur le concept de convergence bancaire entendent offrir un service unique et standardisé, intégrant des services issus d’horizons métiers variés, avec la possibilité de payer leurs utilisations. La mise à plat des cas d’usages et des risques peut être si complexe car dépendant des technologies et des acteurs que les comités réglementaires et normatifs (ISO par exemple) travaillent sur le sujet depuis plusieurs années.

Malheureusement, ou heureusement selon le point de vue, le consommateur avance avec son temps, se digitalise et ne se pose ces questions qu’en cas de problème. Pour illustrer cela, prenons l’exemple d’un usager des transports en commun d’une ville telle que Paris : il peut utiliser le bus, le métro et le train, sans parler du vélo ou de la voiture depuis peu. Il dispose de différents moyens pour payer son service, depuis l’achat d’un ticket, si célèbre aujourd’hui que les touristes japonais les achètent par carnet et les offrent en cadeau à leurs proches à leur retour, jusqu’au Pass Navigo, sésame qui ouvre toutes les portes ou portiques. Bien malgré lui, l’usager occasionnel (près d’un million sur le territoire français) ou pire encore, le touriste, ne se trouve pas en possession de ce sésame. Il possède un téléphone, et éventuellement une carte bancaire et/ou un peu d’espèces, et reste bloqué devant le portique soit jusqu’à l’arrivée d’une personne charitable qui va lui expliquer comme cela fonctionne, soit jusqu’à décider de frauder en sautant par-dessus. Cet exemple peut être généralisé à tous les services que les utilisateurs utilisent dans leur vie quotidienne. Combien de collégiens oublieraient leur téléphone en partant à l’école ? Pratiquement aucun, par contre, pour leur carte de cantine, c’est une toute autre histoire.

Car c’est bien là que se trouve les clefs de la solution : permettre au consommateur d’un service d’utiliser et de payer celui-ci, sans pour cela devoir transporter avec lui tous les moyens de paiement ou supports associés proposés à ce jour, au risque de les perdre ou pire. Dans le cas contraire, le consommateur ne détournera du service pour en chercher un autre.

Pour répondre à cela, beaucoup d’initiatives et de tests, en France comme à l’international ont vu le jour au sein des entreprises, qu’elles soient éditrices de solution, fournisseurs de services, du secteur privé ou public. Principalement concentrées dans le monde du commerce de proximité, des transports et des services publiques, elles permettent d’affiner les cas d’usages, de combler les ornières, d’améliorer le cadre juridique et de définir des solutions et des offres qui pourront être généralisées.

Des initiatives concrètes

Plusieurs de ces initiatives deviennent concrètes, et font la une car synonyme d’innovation pour leurs utilisateurs actuels et futurs. Elles concernent essentiellement le secteur du transport car il y a un réel besoin exprimé mais aspirent à s’étendre à d’autres services par la suite, notamment le service public. Nous avons choisi d’en citer ici quelques-unes pour illustrer notre propos.

A l’occasion des JO, Transport for London a mis à niveau l’ensemble de son infrastructure pour accepter le paiement bancaire en mode sans contact (cartes et mobiles), ce qui représente 1 million de paiements sans contact par jour (source communiqué de presse Visa du 1er octobre 2015). Précision importante, il s’agit d’un réseau fermé ne nécessitant pas d’interopérabilité, contrairement à la majorité des réseaux déployés en France, sur lequel l’usage d’une carte bancaire sans contact émise au Royaume-Uni permet de valider les entrées-sorties et un paiement à l’usage à posteriori plafonné en cas d’oubli de validation.

Plusieurs villes de France ont lancé des études ou projets pour voir si la mise en œuvre d’un tel système sera possible dans le respect de notre réglementation, telles que Grenoble, Bordeaux, Lille, Lyon, Marseille, Nantes, Nice, Caen et Strasbourg.

Depuis le décret du 7 mars 2014 instaurant la dématérialisation des titres restaurants, l’usage des titres via une carte similaire dans le processus à celui d’une carte bancaire augmente progressivement. A octobre 2015, le titre restaurant électronique n’a conquis que 5 % des 3,5 millions de bénéficiaires. Le résultat de la consultation publique sur le projet de loi Lemaire devrait accélérer son déploiement, les nouveaux entrants sur le marché poussant vers une dématérialisation complète dès janvier 2017.

En France, une organisation, l’ADCET, Association pour le développement des transactions électroniques dans les territoires, créée en 2005, est dédiée et œuvre au développement de la dématérialisation dans les territoires afin d’améliorer la vie des citoyens et la gestion des collectivités. A ce titre, elle assiste Rennes Métropole dans la mise en œuvre de la norme expérimentale AMG au sein de la carte KorriGo “nouvelle génération”, dont le déploiement est prévu en 2016.

AMG, comme Applications Multiservices Génériques, est une norme expérimentale, basée sur Calypso et les standards ISO existants, supportée par l’ADCET, dont l’objectif est d’offrir un standard interopérable à tous les acteurs pour gérer tout type de services, en particulier dans le cas des applications de type CVQ. Avec AMG, nous avons certainement l’une des clefs de la réussite de la convergence bancaire. Grâce à elle, les acteurs pourront se concentrer sur le contenu à valeur ajoutée des services offerts aux consommateurs, et non sur les moyens de les faire cohabiter et fonctionner ensemble.

Orange veut accélérer le remplacement de la carte bancaire par le smartphone, et cela avant l’arrivée des Gafa sur le marché français. Le premier opérateur de l’Hexagone a présenté le 19 octobre 2015 sa solution de paiement sans contact sur mobile, Orange Cash. Développée en partenariat avec Visa, l’application a été testée pendant un an dans les villes de Caen, Lille, Nice, Rennes et Strasbourg avant d’être déployée dans tout le pays, le 8 octobre dernier. Cette volonté d’Orange rejoint celle du gouvernement français qui a présenté récemment sa « Stratégie nationale des moyens de paiement » dont le but est d’accélérer le développement de moyens de paiement innovants et la compétitivité de l’industrie française des paiements.

Il nous appartient maintenant d’accompagner les acteurs de la chaine de valeur pour mettre en œuvre cette stratégie, mais attention, « accélération » ne veut pas dire « précipitation ». Combien de projets innovants n’avons-nous jamais vu aboutir faute d’un nombre suffisant de consommateurs ? Il nous faut répondre à leurs attentes et surfer sur l’ère du Digital. L’enjeu est important. Une offre intégrant la convergence bancaire et s’appuyant sur des standards non-propriétaires est une des réponses à cette stratégie qui doit être aussi « win-win » pour l’ensemble des acteurs.

Conclusion

Les acteurs de la chaine de valeur, qu’ils s’agissent des banques, des opérateurs, des Gafa, des Natu (Netflix, Airbnb, Tesla et Uber) ou dernièrement des services publics et de leurs prestataires, ont tous bien compris les enjeux : le consommateur actuel a de nouveaux besoins, une nouvelle manière de vivre et des usages dont il faut tenir compte pour proposer des offres adaptées et à valeur ajoutée. La convergence bancaire, qui rappelons-le permet de proposer aux consommateurs un support unique et standardisé proposant des services de métiers d’horizons différents basé sur la technologie sans contact, semble répondre à cette nouvelle demande. Indéniablement, l’écosystème du sans contact s’élargit, aux acteurs maintenant de se mettre en marche. En Europe, ils peuvent de plus en plus compter sur le soutien des autorités, à l’image du gouvernement français, porteur d’une stratégie nationale des moyens de paiements innovants. Plus qu’un concept, la convergence bancaire est devenue réalité.

One Comment
  1. Anne-Laure

    Bonjour, Merci pour cet article parmi les plus intéressants et complets que j'ai pu lire jusqu'à aujourd'hui sur le sujet ! Je rejoins tout à fait la conclusion et la mets volontiers en perspective au regard de la gestion des voyages d'affaires, mais aussi et surtout la gestion de la mobilité globale qui est mon métier : l'évolution des moyens de paiement laisse présager de sérieuses révolutions dans les années toutes proches...ne reste plus qu'à prendre le virage, notamment pour les éditeurs de solutions technologiques... Anne-Laure

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